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ODA A BELMONTE



Je chante l'homme dans sa plénitude,
Le triomphateur du monde et de lui-même
Qui au bord - jour après jour - de l'abîme
sut se pencher impavide et serein.

Gerardo Diego 
      

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Publié dans : GENESE - CASTES - ENCASTES
Samedi 14 novembre 2009

 

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (II) 
 

Au fur et à mesure, mais de manière de plus en plus intensive à partir du milieu du XVIIIe siècle, un élevage systématiquement dirigé s'est organisé, par sélection puis par croisements divers, en fonction des résultats recherchés pour les jeux taurins : ceux des villes et villages en fête [cf. el toro de la Vega], ou ceux des spectacles organisés, offerts ou payants. Et c'est là que tout va se compliquer… Mais nous n’en sommes pas là ! Voyons d’abord la question des origines : quel est le rapport entre l’aurochs et le toro de combat ? 


L'AUROCHS EN ESPAGNE



Il est admis par les zoologues/archéozoologues que l'aurochs, ou bos primigenius, est l'ancêtre de tous les bovins actuels du monde. Il a été présent pendant une période très longue (un demi million d'années à peu près) et sur un territoire très étendu (Europe et Asie, voire Afrique). C'est pourquoi il est raisonnable de penser qu'il s’est différencié graduellement au cours du temps. Aussi paraît-il préférable à beaucoup d'admettre l'existence de ces deux, voire trois, sous-espèces géographiques à la fin du pléistocène et au début de l'holocène, c’est-à-dire il y a 10.000 ans (= en -8.000), date à laquelle commence la révolution néolithique. Ces 3 sous espèces sont l'une européenne et proche-orientale (bos primigenius primigenius), l'autre asiatique (bos primigenius namadicus), plus peut-être une troisième africaine (bos primigenius hahni).


 

 

 

A l'origine, l'aurochs est grand : dans les 2 mètres au garrot, d'après les ossements fossiles. D'après les peintures et les récits, on le suppose véloce, farouche, avec un avant-train puissant (aleonado, de type 'lion', selon l'expression espagnole), et ayant tendance à fuir l'homme… comme tous les animaux sauvages, et plus encore les herbivores qui constituent la proie des félins. Son pelage typique serait negro listón (noir avec une raie, dite 'listel', plus claire le long de l'épine dorsale) ou castaño oscuro (châtain foncé). Il vit en hardes essentiellement composées de vaches : il semble que la règle soit un groupe de base d'origine matriarcale, d'une vingtaine de têtes au plus, associant les femelles et les jeunes, avec un mâle dominant ; les autres mâles adultes évoluant en périphérie par groupes de 5 à 15, et les vieux mâles solitaires étant rejetés plus loin. Cette organisation joue sur de vastes espaces, hors de la saison de reproduction où les mâles tentent de rejoindre les femelles, ce qui engendre des luttes pour la dominance.

 

La totalité des bovins domestiques actuels dérive de l'aurochs, bos primigenius. La forme domestiquée du bos primigenius primigenius, l’aurochs d'Europe et du Proche-Orient, est le bos taurus. D’après les études archéologiques et archéozoologiques, son centre de domestication se situe sur le plateau anatolien et jusqu’en Syrie, où l’on a retrouvé quelques foyers de domestication datant tous de quelque 8.000 ans avant JC : l’époque de la "révolution néolithique", caractérisée par le passage de la chasse-cueillette à l'élevage-culture. Les données génétiques des bos modernes vont dans ce même sens ; et peut-être aurons-nous un jour des données paléogénétiques suffisantes, réalisées à partir d’ossements archéologiques pour confirmer pleinement la chose : si on arrive à retrouver de plus en plus d’ADN dans les os de l’homme de Neandertal, pourquoi pas chez le bos !

 

La présence des aurochs en Espagne est attestée par les ossements archéologiques. Quant aux peintures du paléolithique supérieur (autour de -15.000 ans), elles attestent aussi leur importance pour ses habitants à cette époque. On est donc certain que des hardes d'aurochs erraient dans la péninsule ibérique à l'état sauvage… et que l’homme les a rencontrés. Puisqu’ils ne pouvaient certainement pas traverser Gibraltar à la nage, on pense qu’ils seraient entrés naturellement dans la péninsule par les Pyrénées. Ces hardes sont-elles à la source de nos toros bravos ? Ce n’est pas impossible dans cette péninsule ibérique coincée entre Océan, Méditerranée et Pyrénées qui forme une véritable niche écologique. Mais est-ce la réalité ?

 

Continuité culturelle : plus tard, les Ibères - arrivés aux approches de -1.000 - voueront au taureau un véritable culte, comme l'ensemble des civilisations méditerranéennes (Crète, Thessalie, Égypte et tout le Proche-Orient ancien). A ce sujet, Tite Live raconte que les cavaliers ibériques aimaient défier à cheval les taureaux sauvages. On connaît d'ailleurs un exemple historique fameux d'utilisation par les Ibères de taureaux plus ou moins sauvages [pas forcément des aurochs, on ne sait pas !] dans des batailles militaires – étaient-ils déjà manœuvrés grâce à des "mansos" ?... - : en - 228, le fameux guerrier ibère Orisón provoqua une nuit de terreur dans le camp du carthaginois Amílcar Barca (de barak qui signifie foudre en phénicien-punique), installé à Héliké (Elche de la Sierra - Albacete), en lançant contre lui des taureaux 'emboulés' avec des torches avant de porter son attaque ; un combat dans lequel Amílcar trouva la mort. Ce pourrait être l'origine des actuels "toros de fuego"… à moins que ce ne soit l'inverse !

 

Quel est donc le rapport entre l’aurochs et le toro de combat ? Comme nous ne pourrons jamais comparer le toro bravo avec des aurochs espagnols encore vivants. Il nous faut trouver d’autres voies.

Prochain article : LE TORO BRAVO ET L'AUROCHS ESPAGNOL
 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

Par Jacques TEISSIER.
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Publié dans : GENESE - CASTES - ENCASTES
Dimanche 8 novembre 2009


Par Jacques TEISSIER*

 * Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html


Le 5 novembre 2009, Jacques TEISSIER a donné une conférence sur la Génèse du TORO BRAVO devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS dont il était l'invité. Au cours d'une intervention d'une grande densité, l'auteur évoque l'essentiel de cette génèse en laissant de côté les détails indigestes qui jalonnent habituellement ce sujet ardu mais néanmois incontournable et passionnant pour l'aficionado.

Vingt passes, pas plus
publie le contenu intégral de cette intervention dans une série de quatorze articles à paraître au cours des prochaines semaines.

Voici le premier de ces articles.  


 

 



AVANT-PROPOS

Guardiola, Miura, Pablo-Romero, Juan Pedro Domecq, Contreras, Buendía, Victorino, Santa Coloma, Veragua, Murube, Saltillo etc. Voici une 12aine d’années, je me suis mis en tête d’essayer de comprendre quelque chose dans les diverses lignées de toros bravos, dont je ne savais quasiment rien, sinon leur existence et encore... Je ne me doutais pas du défi que je venais de relever. C’est inextricable. Avec trop peu de temps il est vrai, je n’ai encore mis au clair que 200 élevages, sur les 2.000 et quelques qu’il me faudrait faire. Si je vis jusqu’à 150 ans et ne suis pas trop occupé par ma retraite, j’en verrai peut-être le bout !

 

Je n’ai pas l’intention de vous barber avec des enchevêtrements de détails, qui vous farciraient les méninges et que vous vous empresseriez d’oublier dans les secondes qui suivent. Je me suis efforcé de retenir surtout de grandes lignes qui permettent de comprendre l’essentiel : à savoir que c’est très compliqué, qu’il y a beaucoup de cachoteries… mais que l’on peut tout de même en arriver à quelques idées claires sur le sujet, et découvrir aussi quelques anecdotes savoureuses.

 

Il nous faudra d’abord tenter de découvrir les origines du toro bravo : d’où viennent les troupeaux sauvages qui ont donné naissance aux élevages braves ? Il y a une littérature sur le sujet : elle relève plus souvent de la poésie que de la réalité. L’histoire donne tout de même quelques repères solides ; l’archéozoologie la complète heureusement, puissamment aidée par les techniques actuelles, dont celles de la biologie moléculaire. Essayons donc de nous donner de bonnes bases. Ensuite, nous entrerons un peu dans les arcanes des élevages bravos.


EN ESPAGNE, UNE SURVIVANCE EXCEPTIONNELLE 


L'aurochs, qui peuplait l'Europe, l'Asie et probablement l'Afrique du Nord, a été exterminé absolument partout au monde. D’après les archéozoologues, chez nous, l’aurochs a été exterminé très tôt : entre -4.500 et -2.500 en Scandinavie ; durant le Calcolithique (de -2.500 à -1.800) dans la Péninsule ibérique ; durant l’âge du Bronze (autour de -1.500) en Europe de l’ouest, Grande-Bretagne incluse ; entre +1.000 et +1.400 dans de larges régions d’Europe centrale. Les restes ont été poussés dans des "poches" isolées, ce qui a conduit à leur extinction totale au 17ème siècle. Durant les millénaires de leur présence, ils ont eu le temps de se différencier quelque peu selon leur habitat ; mais toutes les branches demeurent certainement interfécondes. A l'ère moderne, seules notre Camargue et la Péninsule Ibérique semblent avoir fait office de "conservatoire" écologique. Partout ailleurs, le taureau sauvage a disparu. Est-ce à dire que nos taureaux camarguais et espagnols seraient les restes, miraculeusement préservés, de nos anciens aurochs ? Pas si sûr !

 

On trouve certes, dans des archives, des documents faisant encore état d’une présence de l’aurochs en Europe au Moyen-âge. Ces dernières présences attestées remonteraient : en Espagne au 5ème siècle ; en France au 10ème (12ème ?) siècle [on aurait même trouvé de l’aurochs (?) en Corse du sud datant du Bas Moyen-âge : 1250-1492 ; et même d’après 1.500 !] ; en Grande-Bretagne au 12ème siècle. Mais s’agit-il de véritables aurochs ? s’agit-il de derniers vestiges isolés dans des « poches » ? il est assez difficile de le préciser. D’autant plus que longtemps le mot de « bison » a été employé aussi pour l’aurochs (de même que, inversement, le mot « ur » -aurochs -  a été employé pour le bison). En tout cas, l’aurochs a totalement disparu de l’Europe continentale au 17e siècle : le dernier spécimen connu, une vache, est tué en 1627 dans les forêts profondes de Pologne, dans la région de Jaktorów au sud-ouest de Varsovie [à moins qu’elle ne soit morte dans un zoo !?...].

 

La Camargue a été le refuge d'un petit taureau noir – ou même « rouge », roux -, très vif, aux cornes "en lyre" ou "en gobelet". Nous le connaissons bien, même si le XIXe siècle lui a ajouté du sang espagnol, surtout navarrais.

En Espagne, au XVIIIe siècle, on trouve essentiellement :

° Sur les contreforts pyrénéens de Navarre et les rives de l'Èbre, un petit toro, roux (colorado), de toutes nuances (colorado, colorado encendido feu, melocotón pêche, retinto acajou), quelquefois châtain (castaño) ou noir, parfois sardo (mélange de noir, de roux et de blanc) ou même gris (cárdeno, mélange de poils noirs et blancs), voire blanc (ensabanado) ; il est très agile, combatif, infatigable, aux cornes courtes et relevées. C’est celui que figurent les tauromachies de Goya. Il reste encore dans les Pyrénées basques de la vallée de la Bidasoa et sur le versant espagnol correspondant, quelques hardes totalement sauvages de betisu, sans doute vestiges de ces anciens troupeaux ; ils déclinent seulement toutes les nuances du colorado.

° Dans les steppes madrilènes de Castille, et tout autour au sud et à nord-ouest, c'étaient des bêtes grandes, puissantes, aux grandes cornes relevées et à la robe noire, rousse (colorado), feu (colorado encendido) ou beige (jabonero).

° Quant aux terres marécageuses du delta du Guadalquivir, elles étaient habitées par des toros de taille moyenne mais très musclés, généralement noirs, parfois pie ("berrendo"), roux ou gris, aux cornes harmonieuses…

Mais il y en avait quasiment partout en Espagne. Une seule branche survit aujourd’hui de façon vraiment significative : celle de l’Andalousie. La lignée navarraise est un cas particulier : nombre d’éleveurs locaux, fournisseurs de spectacles populaires de rue, essaient aujourd’hui de la faire revivre : en raison de sa vivacité et de son agressivité, ils avaient toujours gardé un petit fond de navarrais, mais plus ou moins métissé d’autres lignées.

 

En effet, en Espagne, outre la géographie, une multitude de jeux taurins, populaires ou aristocratiques, et très anciens - peut-être enracinés jusqu'en d'antiques rituels religieux de chasse ou de culte - ont contribué de façon décisive à la survivance de lignées sauvages. Plutôt que de domestiquer les bêtes pour l'élevage et les travaux agricoles (comme au Portugal, en certains lieux d’Espagne [cf. moruchos de Salamanca] et même en Camargue)… plutôt que d'étendre les terres cultivables au détriment des habitats naturels (comme en Camargue, dans la Péninsule Ibérique, sur les berges du Danube ou en Italie)… plutôt que d'exterminer les bêtes à chasser ou à capturer pour les jeux… de grands propriétaires terriens se sont mis, dès le XVIe-XVIIe siècle et surtout au XVIIIe, à rassembler et à entretenir les troupeaux sauvages présents sur leurs terres pour fournir les jeux taurins et rehausser leur prestige. C'est ainsi qu'en Espagne, la noblesse… et les grandes congrégations religieuses ! sont à l'origine de la survie de ce que nous appelons aujourd'hui le "toro de combat", le toro bravo

Prochain article : L'AUROCHS EN ESPAGNE 

Par Jacques TEISSIER.
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Publié dans : AFICION
Samedi 31 octobre 2009




L'éditorial d'un site taurin daté du 27 octobre stigmatise les aigreurs et la méchanceté jubilatoire des bloggeurs taurins en mal d’identité et de compétence. Cet éditorialiste imagine au passage que Montesquieu, témoin de notre temps, aurait eu matière à nourrir ses Lettres persanes des multiples turpitudes qui peuplent la toile aujourd'hui. Sauf qu’en dénonçant à son époque l’omnipotence du souverain, l’auteur des Lettres persanes n’avait sans doute pas imaginé qu’aujourd’hui, des monarques d'un autre type, disposant de surcroît d’un quatrième pouvoir s’irriteraient de devoir partager le web avec d’ignares et grincheux bloggeurs. Et comme alternative à la nocivité de ces vociférateurs insupportables, l’auteur de l'éditorial appelle de ses vœux la création d’une «école de l’aficion» dans laquelle seraient impliqués de façon conjointe des gens de bonne volonté, professionnels, organisateurs, et aficionados. « Un cursus éclectique » en quelque sorte.
 

Bravo ! Voilà donc résolue l’impossible quadrature du cercle sur laquelle plusieurs générations de taurins se sont en vain cassé les dents !  

 

 Plus sérieusement, l’idée ne résiste pas au rappel de quelques évidences : organisateurs, professionnels et aficionados défendent tous des intérêts légitimes, mais radicalement différents. En d’autres termes, dans le conclave improbable souhaité par l'éditorialiste, l’aficion est bien la seule des parties n’ayant dans ce jeu aucun intérêt d’ordre financier, aucun impératif de réussite commerciale, aucune contrainte professionnelle, aucune obligation de réserve, aucune crainte du retour de bâton, et au final, aucune autre récompense que celle de ressentir l’émotion transmise par une lidia préservée des dérives et des fraudes. Pour toutes ces raisons, l’Aficion doit impérativement préserver son indépendance. Par conséquent, il serait sage de ne pas diluer son énergie dans un écheveau de préoccupations contradictoires. Sage aussi de laisser s’exprimer toutes les voix et les sensibilités porteuses d’une certaine idée de la Fiesta Brava, quand bien même leur style serait amer et peu convenu sur la forme. Et même si la qualité éditoriale de ces blogs taurins peut paraître inégale, ils portent tous en eux le sens profond de l’aficion et le courage de dire avec force et sincérité ce qui leur semble bon pour la Fiesta Brava, en toute indépendance. Qui a le droit de juger leur droit d’expression ou leur compétence ? Qui est réellement légitime à  dénoncer la nocivité de leurs propos ?  Quant à l’école de l’aficion, elle est certes plus que nécessaire aujourd’hui à l’éducation d’un public qui ne comprend pas toujours ce qu’il voit, un public qui, pour n’avoir rien connu d’autre, finit par croire que la corrida formatée qui lui est fréquemment proposée par les organisateurs et les professionnels, constitue l’idéal de la tauromachie et le nouveau canon du toreo. L’école de l’aficion, n’en déplaise à certains, c’est aux clubs taurins de l’assumer, à l'abri des pressions, en mettant soigneusement l’accent sur les enjeux de la survivance d’une corrida authentique et d’un toro brave intègre. C’est une question d’éthique, par nature hors de portée de beaucoup d’organisateurs et de professionnels. 

 

Par Charles CREPIN.
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Publié dans : LE TORO
Dimanche 11 octobre 2009

 

 

- A partir de moi, le toreo sera une question de Style.

                                             Juan Belmonte.

 

 

Le problème le plus important, en tauromachie, est celui de l’Esthétique.

Simon Casas, il y a quelques années sur Canal +

 JP Darracq. Génése de la Corrida  moderne.

 

 

"N'en déplaise à Simon Casas, le premier devoir du torero est de s’appliquer à dominer le toro. Le reste, les belles séries de passes longues, viendra de surcroît. Et plus cette domination aura exigé d’efforts, plus intense sera l’émotion. Celle qui fit dire à Rafael «El Gallo» toréant un grand toro d’Aleas à Madrid :   A chacune de mes passes, les larmes me jaillissent des yeux… "

Jean-Pierre Darracq « El Tío Pepe » Genèse de la corrida moderne.

 

 

"Plus cette domination aura exigé d’efforts, plus intense sera l’émotion". Cette nuance est ici fondamentale. D’un côté, un torero de premier rang qui donne des passes de rêve, ciselées, templées, un Enrique Ponce des grands jours par exemple. En face, un toro à l’armure commode, décasté, mono-pique, et sans force ni sauvagerie, qui passe soixante fois, parfois plus, autour du maître. Pour l’aficionado averti, cette faena proche de la perfection donne l’impression d’un combat contrefait et sur joué où seule compte l’esthétique du geste. En tout cas, elle ne transmet pas l’émotion d’un combat authentique, éminemment risqué, même si le risque mortel demeure.

 

Précisément, le toro n’est-il pas la véritable clé du problème ? Car en effet, la faena formatée, telle qu’on la voit aujourd’hui est couramment le fruit de la collaboration docile d’un toro sélectionné à cet effet. Un toro noble et soso à l'excès, partenaire d’un torero “distanciado” et profilé qui, en fin de faena, vient se placer à deux centimètre du frontal de l’animal épuisé et immobile. Qu’il fasse le même numéro devant un Victorino ou un Miura. Après, promis, on en reparle. Bref, tout ceci est parfait pour l’esthétique, mais un peu mince pour l’émotion.  

 

C’est donc bien le toro qui, par sa puissance, sa caste et sa bravoure, dessine les contours possibles du toreo moderne, celui de la seule esthétique et des artifices, ou celui de la véritable émotion. Question de style, question de sincérité aussi.

Par charles CREPIN.
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Publié dans : CHRONIQUES
Vendredi 9 octobre 2009


LA CHRONIQUE DE FRÉDÉRIC PASCAL

 

 

Photo C. CREPIN

De tous temps, le mois de septembre taurin est celui du plus grand nombre de blessures. C’est le mois le plus intense en nombre de festejos donc, statistiquement, le plus exposé ; mais c’est aussi l’ultime chance, pour les toreros, de réaffirmer leur position hiérarchique dans le perspective de la temporada suivante. A Dax, Bayonne, Arles et Nimes, ils se classent pour le marché français. Au Nord, ils entrent en compétition a Logroño, Barcelona, Valladolid et Salamanca. Au Sud, Albacete, Murcia et Séville (San Miguel)  sont des épreuves incontournables. Mieux entraînés qu’en début de saison, les toreros sont plus confiants, prennent plus de risques et, fatalement, sont plus souvent blessés. Cette année, toutes catégories confondues, c’est à dire banderilleros et novilleros inclus, ce ne sont pas moins de 26 d’entre eux qui ont subi une opération sous anesthésie à la suite de blessure par corne de toro. Ne serait-ce qu’en raison des souffrances qu’il viennent d’endurer, il convient de les citer tous dans ces lignes : Miguel Angel Perera, Alejandro Amaya, Sebastian Vargas, El Fundi, El Cid, Miguel Tendero, Pablo Delgado, Jose Maria Tejero, Luis Garcia (Nino Leganes), Salvador Vega, Arturo Saldivar, Patrick Oliver (Villebrun), Juan del Alamo, Ernesto Tapia (Calita), Sergio Flores, Angelino de Arriaga, Juan Luis Serrano, Javier Cerrato, Pepin Monje, Jesus Marquez, Moreno Munoz, Luis Miguel Vasquez, Javier Herrero, Padilla, Javier Velazquez. Les plus touchés sont encore alités, ils commencent chez eux une pénible convalescence. Bien que son accident soit intervenu le 23 août, il serait injuste d’exclure de cette liste l’infortuné alguacil de Carcassonne, Christian Baile, qui, toujours hospitalisé, vient tout juste de sortir de l’antichambre de la mort. Lui aussi a droit à toute notre compassion. Telle est la douloureuse dîme que la fiesta prélève avant que les ferias de Zaragoza et Jaen, ne ferment la saison. Nonobstant, septembre n’a pas bouleversé les positions acquises, mais certains ont marqué plus de points que d’autres. Ainsi, la feria de la Merced de Barcelona a vu les triomphes majuscules de José Tómas, El Juli et J.M. Manzanares, laissant un excellent Morante un peu en retrait. Une semaine plus tard, à Madrid, où il avait pris le gros risque de se remettre en question, notre compatriote Sebastian Castella s’est consacré triomphateur de la temporada en s’ouvrant la grande porte pour la deuxième fois de l’année. S’il n’avait pas pinché son second toro il aurait même pu sortir avec quatre oreilles dans les mains. Pendant ce temps Perera  triomphait lors de son seul contre six de Zafra, mais ne gagnait pas de terrain car les trophées de province ne sont pas ceux de Madrid. Ainsi va la nave. 

 

 

Par vingt passes, pas plus...
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Publié dans : AFICION
Samedi 3 octobre 2009


De deux choses l’une : ou bien l’aficionado est indépendant. Et dans ce cas, il reste fidèle à son éthique. Il est doué de la force vertueuse de la pure aficion soutenue par sa lucidité et son courage. Repéré et catalogué en raison de la fermeté de son discours, on lui colle l’étiquette de « gardien du temple ». Par conséquent, il n’échappe pas aux soupçons d’intégrisme, aux diatribes de ceux qu’il dérange, et à l’inconfort de son isolement. Il n’a pas d’alliés parmi les autres acteurs du monde taurin. De toute façon, il ne doit pas. Il défend une position qui lui paraît légitime, mais peut tempérer ses jugements et guider sa conduite sans perdre de vue les principes sur lesquels il ne transigera pas. A l’inverse d’un intégriste, il ne s’accroche pas à un rite immuable. En vérité, il a toujours accompagné et même influencé l’évolution de la corrida, d’où l’arbitraire de la caricature dont il est l’objet. Son approche de la tauromachie, qu’elle soit toriste ou toreriste, est guidée par son seul souci de préserver l’authenticité de la Fiesta Brava et la défense du toro intègre. Guidée aussi par son intransigeance à l’égard de toutes les fraudes.

 

Ou bien il perd son indépendance : imaginons qu’il évolue depuis longtemps dans ce milieu qu’il connaît bien, où il a des amis. Il a été souvent confronté à la perspective de s’allier à des acteurs du terrain dont les intérêts complexes, sans doute légitimes par ailleurs, sont très éloignés des siens. Attention ! Dès lors qu’il saute le pas, il sort du cercle vertueux de la pure aficion; sa lucidité cède la place à une patience persévérante, à une cécité de circonstance. L’intérêt, la pression ou la crainte prennent le pas sur son courage et sa capacité de naguère à réagir. Il n’a plus l’envie ni les moyens de donner de la voix. Il est dans la sujétion. 

Par Charles CREPIN.
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Publié dans : ART & CULTURE
Samedi 26 septembre 2009


" LA TELA DE TOREAR "

La corrida est pleine de petits détails pour qui sait les regarder. C’est le cas de Begoña Rivas, photographe qui guette les petits détails qui entourent la corrida: le castoreño, la chaquetilla, une banderille, le banderillero grillant une “sèche” à la sauvette... L'oeil fait mouche sur les plans cadrés serrés, l'image fait parler la matière.  



 

Exposition :

 

Centro Cultural Galileo

Madrid 

Fernando El Católico, 35

Du 24 Septembre au 30 Octobre

Entrée gratuite




 

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Publié dans : AFICION
Mercredi 23 septembre 2009
 
Photo C. CREPIN


 Morante !

 

Pour les uns, ce nom n’éveille qu’indifférence ou dérision. Ils n’ont pas vu, pas apprécié ou pas saisi ce qu’il fait. Ou de guerre lasse, ils sont passés à autre chose… Pour les autres, le nom de Morante résonne comme une aubade, un refrain magique. Morante les fait rêver. Il allume une petite lueur dans leur regard. Mais il fait naître une pointe de regret dans leur voix, et de la frustration aussi. C’est que le maestro use cruellement leur patience. C’est égal. Pour lui, ils en gardent encore un peu en réserve. La frustration, presque une souffrance, est perceptible chez ces aficionados qui savent ce qu’il veulent et attendent que Morante torée, là, sous leurs yeux, comme il est capable de le faire, comme aucun autre torero ne le fait aujourd’hui.

 

Capable, il l’est. Ils en sont persuadés. Il l’a même prouvé quelques fois, et ces quelques fois valaient amplement le billet de corrida, et même le voyage ! Comme ce jour de mai où il a triomphé à Madrid, saisi par l’essence même d’un toreo empreint de grâce et de délicatesse, par la magie d’un art spontané. Par la beauté d’un drame baroque inattendu, improbable, qui jaillit sur le sable, sous leurs yeux écarquillés. Par la lenteur presque irréelle d’un temple céleste et majestueux, par l’infinie délicatesse de gestes jamais banals, jamais vulgaires, laissant loin derrière la mécanique reluisante des redondos inversés qui chavirent un autre public. Même que le « tendido 7 », debout, a demandé une deuxième vuelta !  Morante a pleuré… Et ce jour de juillet, à Pamplona, où il regarde ses compagnons de cartel sortir à hombros, par la grande porte, rassasiés de vaines récompenses, tandis que lui se dirige vers le patio, en modeste piéton. Et c’est lui, Morante, que le public acclame…

 

 Et puis, il y a le Morante des jours ordinaires, des jours gris, le Morante qu’ils vont voir, remplis d’espoir, attentifs à bien saisir au vol quelques bribes somptueuses de sa lidia, des bribes faites de détails épars et éphémères. Éphémères ? Pas vraiment, car dans leur tête, la magie opère encore longtemps après la symphonie, fut-elle inachevée, quand de sublimes  « détails » se sont insinués dans leur mémoire. 

Par Charles CREPIN
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Publié dans : Photos, dessins, peintures
Mardi 22 septembre 2009



PONCE à Nîmes, Feria des Vendanges 2009.   Photos C. CREPIN

Voir l'album PONCE 
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Publié dans : Photos, dessins, peintures
Mardi 22 septembre 2009
  

ESPLÁ lors de sa despedida. Feria des Vendanges à Nîmes le 19 septembre 2009.   Photos C. CREPIN


Voir l'album ESPLÁ


 
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